lundi 26 juin 2006
De la force des mots
Un jour perdu dans la nuit et les brumes des
temps, l’homme se réveilla, comme tous les matins. Il se vit poilu, sale, à la
peau épaisse, prognathe, comme d’habitude. Et pourtant, il sentait qu’il, avait
en lui quelque chose que ces pères n’avaient pas. Une capacité unique, qui
rendrait vivre avec les autres et dans le monde plus facile. Il dut se rendre
compte qu’il était équipé étrangement, mieux que la veille... au niveau de sa
gorge (à quoi d'autre pesniez-vous donc?). Terminés les borborygmes, les cris inarticulés et rauques. Terminé de ne
pouvoir exprimer autre chose que les besoins essentiels et les sentiments. Fini
de ne pouvoir avouer au dominant qui a pillé la nourriture, bien qu’on l’ait
vu. L’homme remarqua qu’il pouvait à présent former des sons articulés. Et il
se mit d’accord avec les autres. L’on appela l’arbre « arbre » et la
pierre « pierre ». L’on donna un nom aux choses et un nom aux
autres : « le gros », « le vieux », « le roux
barbu » « celui–dont–la–verge–traîne–par–terre–quand-il-marche »,
etc. Savait-il le changement radical qu’il venait d’amorcer ? Sans
doute.
Car dès ce
jour, tout allait changer. Sa nouvelle invention, les mots, seraient un objet
de grand pouvoir dans ce monde pour ceux qui se l’attribueraient. Et cela, on
l’entendait encore il y a deux siècles, de la bouche du Français Louis Veuillot,
qui disait que « Dans ce monde, toute puissance appartient au talent de
la parole ». Il nous faut toutefois chercher à étayer clairement et
démonstrativement cette thèse, et nous chercherons ainsi de trois côtés ;
la suprématie créatrice et vivificatrice des mots, l’influence du verbe sur
autrui. Et pour clôturer la discussion mais non la réflexion, analysons si
vraiment « la parole est d’argent, mais le silence est d’or »,
bref, vaut-il mieux se taire ?
Et il n’y a pas que le monde religieux pour
nourrir de telles pensées. Effectivement, la sorcellerie reconnaît comme ses
deux principes de base la visualisation et la nominalisation. Dans un langage
moins hermétique, cela veut dire que pour donner la vie à une chose, un
événement, il faut d’abord être capable de le fixer visuellement dans son
esprit (pour modeler son aspect), et ensuite de l’énoncer à haute et
intelligible voix (pour lui insuffler l’essence).
Autre avatar bien connu de cet élément :
l’abracadabra. Aujourd’hui, ce mot (inspirée du grec αϐραϰαδαϐρα) n’est plus qu’une formule
divertissante prononcée par les prestidigitateurs pour retenir l’attention de
leur public, mais il faisait autrefois partie du jargon des médecins. Cette
formule très ancienne était effectivement réputée pour ses significations et
effets multiples. Pour certains, elle dérivait de l’hébreu pour ‘ab ruach
dahar’ (rhd jwr ba), c'est-à-dire ‘la parole de
l’Esprit du Père’. Elle invoquait les forces naturelles symbolisées par le
nombre Quatre, qui dissolvent les quatre éléments qui dominent la vie sur
Terre, sans lesquels les hommes ne pourraient survivre, afin qu’ils renouent
leur harmonie originelle. Selon d’autres, cette expression, viendrait d’une
phrase prononcée par les mages araméens pour chasser les maladies. Abhadda
kedhabhra signifie ‘disparais comme ce monde !’.
Clercs et
païens s’accorderont donc à le dire : la parole crée et entretien la vie.
Et de fil en aiguille, nous comprendrons que
connaître le nom, le mot, les mots nous rend forts : frappez votre ennemi
aux côtes, la blessure se refermera, mais crachez lui tout votre fiel, il en
sera marqué à jamais. De même dans un couple, offrir des fleurs à votre
bien-aimée ne vous dispensera certes pas, messieurs, des indispensables
syllabes « je t’aime » !
Tâchons toutefois vite de nuancer cet avis
quelque peu manichéen. La parole peut s’avérer inutile et sans résultat. Je
sais que Molière lui-même aurait pu rétorquer : « Tous les discours
sont des sottises, partant d’un homme sans éclat ; ce serait paroles
exquises si c’était un grand homme qui parlât. » Et à cela je dis oui,
Monsieur Poquelin, mais dans la même mesure que pour toute chose. Très
assurément, tout art manipulé par un ignorant se change en désastre. Et encore,
ceci reste à prouver : n’avons-nous pas, en effet, constaté que le simple
fait de s’exprimer avec verve et charisme suffit pour motiver l’intérêt, sans
que le sens ne soit requis ? Pour ceux qui en doutent : lisez donc
l’exercice suivant. « Chères amies, chers amis, l’acuité des problèmes de
la vie quotidienne entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour
mes collègues et moi-même : l’élaboration d’un projet porteur de véritable
espoir, notamment pour ceux qui ont le plus de problèmes. Et ce n’est
certainement pas vous, mes chers condisciples, qui me contredirez si je vous
dis que l’effort prioritaire en faveur du statut précaire des plus faibles a
pour conséquence obligatoire l’urgente nécessité d’un programme plus humain,
plus fraternel, plus juste. » Voilà qui est bien dit et pourtant… vide de
sens. Or combien d’électeurs candides et impressionnables se laisseraient
abuser par ce discours ? Voici donc bien la preuve que la parole peut
exister et avoir du poids sans s’appuyer sur un sens quelconque. Une bonne
chose de dite et très utile en politique par ailleurs.
Oui mais (encore une fois !)… tout le
monde n’est pas naïf. Certes, tout le monde n’aborde pas la parole de la même
manière. La façon d’aborder la parole dépend avant tout d’un faisceau de
paramètres tels que l’éducation, le degré de raison et le sexe. Eh oui, le
sexe, car, pour la petite histoire, les hommes parlent peu, et c’est pourquoi
ils accordent plus de gravité aux mots eux-mêmes. Les femmes quant à elles,
plus volubiles, focalisent sur le comportement et le langage corporel qui les
accompagnent. Mais tout cela ne tiendrait-il pas de ce concept typiquement
francophone de « l’exception qui confirme la règle » ? Bien sûr que si. Recoupons donc nos idées
pour dire que, en définitive, le verbe donne du poids, de l’influence sur
l’extérieur à soi-même, et cela bien sûr dans différentes mesures en fonction
des individus.
samedi 23 septembre 2006
La mode: carnaval de honte?

À l’observation des chamarrures et autres fourrures qui sont les
caprices de la ‘griffe’, certains esprit –que d’aucuns qualifieraient de chagrins-
ne peuvent s’empêcher de s’offusquer, de se dire outragés face aux chatoiements
de la mode. Ils comparent dès lors (dois-je dire injustement ?) ces
excentriques à des clowns, des guignols. Mais un observateur avisé ne saurait
rester sans se demander si cette prise de position n’est pas trop manichéenne.
Ne faudrait-il pas en effet creuser l’idée, peser le pour et le contre ?
Analysons point par point la situation. Cela afin de savoir si F. Gausen avait
raison de dire que « la vie est un carnaval », dans ce monde où
l’individu en tant que tel est valorisé, en regard de l’évolution des
mentalités qui progresse, consciemment ou non, vers un certain culte de
l’égocentrisme.
jeudi 26 octobre 2006
Plaidoyer pour la consommation de viande
(Un très vieux texte que j'ai écrit dans la fleur de mes 14 ans...)
De plus en plus avec les années, j’entends que
le végétarisme est en pleine expansion, ce qui, je vous rassure tout de suite,
est loin de me déranger, car chacun est libre de ses opinions et de son hygiène
de vie. Toutefois, s’il est une chose que j’ai du mal à tolérer, c’est la
manière parfois assourdissante avec laquelle les consommateurs de viande sont
critiqués. On m’a dit que la viande n’était pas nécessaire à et pouvait être
aisément compensée. On dit aussi que consommer de la chair animale rend
agressif et bien d’autres choses encore. Dès lors, sans toutefois vouloir nier
la part de vérité qui se cache dans ces propos, je souhaite vous parler de la
consommation de viande en vous demandant toute votre indulgence, car il plus
difficile de construire des arguments que d’en démolir.
- les qualités nutritionnelles des viandes et leur nécessité pour
l’organisme
- les mangeurs de chair animale sont-ils oui ou non plus agressif de par
leurs habitudes alimentaires
- la place de cet aliment dans notre culture et société.
Pour commencer, tous les spécialistes le
disent, il faut manger chaque jour au moins un aliment appartenant à chacun des
groupes alimentaires. Et les viandes et poissons forment principalement un de ces
groupes, le groupe I. Les viandes et les poissons sont les aliments qui, à
l’état brut, sont les plus riches en protides. Cela en fait donc les aliments
de croissance, de réparation, les fortifiants dans les états de fatigue. A
cela, certains me diront que les œufs font aussi partie de ce groupe
d’aliments, ce qui est très vrai, et il ne faut d’ailleurs pas s’en priver.
Cependant, on recommande de manger chaque jour un peu plus de cent grammes
d’aliments du groupe I, et à ce rythme, les œufs mèneraient… à la crise de
foie.
Leur
utilité pour le bon fonctionnement de l’organisme va au-delà de leur richesse
en protéines ; leur odeur, leur goût stimulent les sécrétions
digestives ; leur présence dans l’estomac provoque la fabrication rapide
et abondante du suc gastrique. Leur absorption est rapide et très complète. Qui
plus est, le corps humain se doit d’absorber huit acides aminés essentiels
qu’il ne peut produire lui-même et qui ne peuvent être trouvés que dans les
aliments d’origine animale. Enfin, pour conclure cette énumération des
propriétés purement nutritionnelle, rappelons que, chiffres à l’appui, les
chairs sont très riches en sels minéraux vitaux et plus particulièrement en fer
et en sel.
Certains
éléments de la chair provoquent une stimulation de certaines glandes et par
leur digestibilité remarquable, ils entraînent d’agréables sensations tel
que le réchauffement et une impression de vigueur et de vitalité accrues. Ce
quoi prouve à mon avis indiscutablement leur « tonus émotif ». De ce
fait, il est exact que le consommateur devient un peu « vigoureux »,
tournant quelques fois à une plus grande emprise de violence qu’à son habitude.
Toutefois,
affirmer que les tissus animaux en nourriture entraînent une certaine violence
est faux et aucune étude sérieuse n’a jamais été menée à ce propos, et il
faudrait peu être approcher de plus près le principe de cause à effet. Je
m’explique : les hommes de science eux-mêmes controversent de plus en plus
le principe de causalité : est-ce le comportement alimentaire qui influe
sur la manière de vivre ou la manière de vivre qui influence le comportement
alimentaire ?
Entre la
fin des années soixante et le début de années septante, avec le phénomène
hippy, beaucoup de jeunes étaient végétariens parce qu’ils étaient hippies, et
non l’inverse. La vérité est que cette critique est subjective et la réaction
citée plurifactorielle.
Même sans
cela, la chasse et, après la découverte du feu, la cuisson des viandes a
fortement contribué à la socialisation et au développement de notre culture.
C’est indéniable, (aux messieurs) nous sommes des hommes (aux dames) et
des femmes, et cela fait partie de notre culture. La première forme de
« loisir » digne de ce nom dans les grandes civilisations du Croissant
Fertile fut la chasse, et, faut-il préciser que, durant la préhistoire, la
chair animale constituait une grande partie de l’alimentation renouvelable
durant les grands froids ? Car si le temps ne se prêtait guère à la
cueillette ou à la culture, il était toujours possible de se procurer du
gibier.
Ainsi pour
résumer vous dirais-je, mangez de la viande, c’est sain, bon pour votre moral,
revigorant, et vous ne tuerez personne pour autant (sauf peut-être un bœuf
ou un agneau mais rein ne vous oblige à faire l’abattage vous-même) !
En vous remerciant de m’avoir prêté une
oreille, je l’espère, attentive et sans vouloir vous amener à mon avis, je vous
demande de vous faire une opinion et ouvre ainsi le débat (voire l'appétit).
vendredi 5 janvier 2007
critique d'album BD: Z comme Zorglub
Z comme Zorglub
Critiques et
chroniques d'albums
De ce combat de titan
entre les deux savants, l’un aidé d’une armée de Zorglhommes, l’autre de Spirou
et Fantasio, qui sortira la main haute ?
Le personnage de Zorglub,
doté comme les autres d’une véritable personnalité mais très complexe, est le
véritable agent épaississant de cet album, initiateur d’une « trilogie du
Z ». Il alterne la force et la vulnérabilité, la fierté puis la honte,
l’orgueil démesuré puis le respect, et cela fait de lui une des personnalités
les plus ambiguës nées sous la plume de Franquin.
Bref, Z comme Zorglub se doit d’être lu, en tant qu’une des plus belles production en matière de Spirou sous un coup de fantaisie de l’équipe de Franquin, Greg et Jidéhem.
lundi 28 janvier 2008
Il y a quelque chose qui cloche... cui bono?
Je n'sais même pas si tu m'écoutes et si tu es seulement là
Au ciel ou sur l'bord de la route; je n' prie prie pas pour moi
On dit qu'je suis une pas-grand-chose, mais si j'me souviens
Pour toi c'était pas tout rose, et la misère en chemin
Comme ces pauvres cloches que le vent charrie
Les poings-dans-les poches, les punis d'la vie
Y a quelque chose qui cloche pour ceux qui mendient
Et leurs mains s'accrochent à l'espoir enfui
Tu as donné un p'tit coup d'pouce à ceux qui ont la belle vie
Et voilà qu'ils nous repoussent, ça leur fait peur les guenilles et la rage au coeur
Toutes ces pauvres cloches, qu'on fuit, qu'on maudit
Les rien-dans-les-poches, les punis d'la vie
Y a quelque chose qui cloche pour ceux qui mendient
Et leurs mains s'accrochent à l'espoir enfui
Je t'fais pas de reproches, mais rg'arde par ici
Et sonne les cloches pour tous les bannis
Cette superbe chanson de Maurane s'appelle "les Coeurs sans Logis". Et elle n'est pas écrite ici pour faire joli, je vous l'avoue. Bien que ces paroles s'adressent au départ à Dieu, aujourd'hui, je voudrais qu'elles s'adressent à tous, à vous et à moi.
On forme de malheureux employés à devenir des requins inhumains, pour qu'ils aillent saisir des gens pour des sommes dérisoires -qu'on vous prenne tout pour un peu moins de 500 €, vous y croyez, vous? Incroyable mais vrai.
"On" incite les gens à monter des affaires, pour ensuite en rendre la viabilité difficile. "On" ruine la vie des gens à tour de bras.
Cui bono, ai-je envie de dire? Cui bono, à qui de bon...
Promenez vous donc à Charleroi, près du pont de la gare. Que voyez-vous? Des hommes et des femmes, sales et avachis dans des tentes Quechua qui ne sont plus de première fraicheur! Des hommes et des femmes, mes amis, dont certains étaient encore à votre place il n'y a pas si longtemps. Les regardez-vous, les voyez-vous, ces gens que les publicains des temps modernes ont condamné à la mort sociale? Non, car comme moi parfois, et même souvent, vous n'osez plus, vous ne pouvez plus. Vous n'osez plus parce qu'il est trop difficile de différencier ceux qui ont vraiment besoin d'aide, et les tricheurs. Vous ne pouvez plus parce qu'il y en a trop. À qui la faute?
Cui bono? Cui bono...
Continuons donc à nous ballader dans Charleroi. Oh, surprise, de superbes oeuvres d'arts toutes rouillées, gouffres à millions, un peu partout disséminées pour "embellir la ville". Oh, certes, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas me direz-vous. Mais ne pensez-vous pas aussi, en revanche, que "l'embellissement de la ville" passe aussi par la diminution de misère dans les rues? Nombreux les sans-abris, et dans la ville haute, nombreux les bâtiments vides, pourtant... Sans doute les propriétaires ont peu envie de céder leurs biens dormants au bonheur du peuple.
Cui bono? Cui bono...
Alors, pour l'amour du ciel, je ne vous demande qu'une chose, à vous qui lisez ces lignes:
il n'y a pas grand chose qu'on peut faire pour aider ces pauvres gens, que nous pourrions d'ailleurs un jour rejoindre. Mais ce qui peut être fait, faisons-le. Vos vieilles couvertures, vos vieux vêtements, vos vieux jouets, faites-en don à ceux qui les redistribueront. Si vous croisez Alphonse, qui n'a pourtant rien d'autre à vous offrir que son faible sourire que la pollution de la ville a noirci, sachez de temps en temps lui offrir un sandwich. Juste un sandwich, ça ne vous tuera pas, et lui il en vivra. Cela, c'est de l'aide temporaire, de l'aide temporaire avant que tout un chacun ne comprenne l'ultime vérité: c'est en marchant ensemble contre l'injustice que nous formerons une société meilleure que celle, décadente et de plus en plus oppressante, où nous vivons.
Rappelez-vous, pour ceux qui suivaient, de ce que disait le Cap'taine Planet: "N'oubliez pas, l'avenir ne dépend que de vous!"
Bye-bye romantisme?
Mais où est passé le romantisme? Comme disait la vieille en vertugadin dans le sketch des Snuls, "mais où est passé..." non pas les années cinquante, mais le romantisme?
J'ai bien peur que les dernières traces que j'ai pu retrouver de lui remontent à l'an de grâce 1955; cette année-là, un certain Walt Disney racheta le romantisme à une bande de poètes déchirés par l'absinthe et les peines de coeur. Il l'a alors aseptisé, mis sous verre et résine, puis fabriqué des châteaux roses et bleus avec sur des terrain vagues. Si on ne m'avait pas arraché les glandes lacrymales avec les dents pendant la Guerre de Crimée, j'en chouinerais.
Et c'est choqué par cette constatation alarmante que je fonde dès aujourd'hui le F.P.R.P.C.R.B.P.A., le Front pour Prouver que le Romantisme ce n'est Pas que des Châteaux Roses et Bleus dans des Parcs d'Attraction. Si vous êtes aussi intéressé que moi par la résurrection du romantisme -aussi bien dans le sens littéraire (vous savez, Dieu, la poésie, la nature, l'amour, les châteaux forts, le lac...) que dans le sens sentimental-, envoyez moi un chèque. Ou alors contentez-vous de me le dire, c'est déjà pas mal.
lundi 10 mars 2008
Quelque chose qui cloche chez les sans-abris
Il y a quelque chose qui cloche... cui bono?
Je n'sais même pas si tu m'écoutes et si tu es seulement là
Au ciel ou sur l'bord de la route; je n' prie prie pas pour moi
On dit qu'je suis une pas-grand-chose, mais si j'me souviens
Pour toi c'était pas tout rose, et la misère en chemin
Comme ces pauvres cloches que le vent charrie
Les poings-dans-les poches, les punis d'la vie
Y a quelque chose qui cloche pour ceux qui mendient
Et leurs mains s'accrochent à l'espoir enfui
Tu as donné un p'tit coup d'pouce à ceux qui ont la belle vie
Et voilà qu'ils nous repoussent, ça leur fait peur les guenilles et la rage au coeur
Toutes ces pauvres cloches, qu'on fuit, qu'on maudit
Les rien-dans-les-poches, les punis d'la vie
Y a quelque chose qui cloche pour ceux qui mendient
Et leurs mains s'accrochent à l'espoir enfui
Je t'fais pas de reproches, mais rg'arde par ici
Et sonne les cloches pour tous les bannis
Cete superbe chanson de Maurane s'appelle "les Coeurs sans Logis".
Et elle n'est pas écrite ici pour faire joli, je vous l'avoue. Bien que
ces paroles s'adressent au départ à Dieu, aujourd'hui, je voudrais
qu'elles s'adressent à tous, à vous et à moi.
On
forme de malheureux employés à devenir des requins inhumains, pour
qu'ils aillent saisir des gens pour des sommes dérisoires -qu'on vous
prenne tout pour un peu moins de 500 €, vous y croyez, vous? Incroyable
mais vrai.
"On"
incite les gens à monter des affaires, pour ensuite en rendre la
viabilité difficile. "On" ruine la vie des gens à tour de bras.
Cui bono, ai-je envie de dire? Cui bono, à qui de bon...
Promenez
vous donc à Charleroi, près du pont de la gare. Que voyez-vous? Des
hommes et des femmes, sales et avachis dans des tentes Quechua qui ne
sont plus de première fraicheur! Des hommes et des femmes, mes amis,
dont certains étaient encore à votre place il n'y a pas si longtemps.
Les regardez-vous, les voyez-vous, ces gens que les publicains des
temps modernes ont condamné à la mort sociale? Non, car comme moi
parfois, et même souvent, vous n'osez plus, vous ne pouvez plus. Vous
n'osez plus parce qu'il est trop difficile de différencier ceux qui ont
vraiment besoin d'aide, et les tricheurs. Vous ne pouvez plus parce
qu'il y en a trop. À qui la faute?
Cui bono? Cui bono...
Continuons
donc à nous ballader dans Charleroi. Oh, surprise, de superbes oeuvres
d'arts toutes rouillées, gouffres à millions, un peu partout
disséminées pour "embellir la ville". Oh, certes, les goûts et les
couleurs, ça ne se discute pas me direz-vous. Mais ne pensez-vous pas
aussi, en revanche, que "l'embellissement de la ville" passe aussi par
la diminution de misère dans les rues? Nombreux les sans-abris, et dans
la ville haute, nombreux les bâtiments vides, pourtant... Sans doute
les propriétaires ont peu envie de céder leurs biens dormants au
bonheur du peuple.
Cui bono? Cui bono...
Alors, pour l'amour du ciel, je ne vous demande qu'une chose, à vous qui lisez ces lignes:
il
n'y a pas grand chose qu'on peut faire pour aider ces pauvres gens, que
nous pourrions d'ailleurs un jour rejoindre. Mais ce qui peut être
fait, faisons-le. Vos vieilles couvertures, vos vieux vêtements, vos
vieux jouets, faites-en don à ceux qui les redistribueront. Si vous
croisez Alphonse, qui n'a pourtant rien d'autre à vous offrir que son
faible sourire que la pollution de la ville a noirci, sachez de temps
en temps lui offrir un sandwich. Juste un sandwich, ça ne vous tuera
pas, et lui il en vivra. Cela, c'est de l'aide temporaire, de l'aide
temporaire avant que tout un chacun ne comprenne l'ultime vérité: c'est
en marchant ensemble contre l'injustice que nous formerons une société
meilleure que celle, décadente et de plus en plus oppressante, où nous
vivons.
Rappelez-vous, pour ceux qui suivaient, de ce que disait le Cap'taine Planet: "N'oubliez pas, l'avenir ne dépend que de vous!"





