jeudi 26 octobre 2006
Une histoire courte de mes quatorze ans: le Vol de Sept Minutes
Le vol de sept minutes
- Attention, attention, crachota le haut-parleur, résonnant dans le hall de l’aéroport, les passagers à destinations de Malaga sont attendus à la porte d’embarquement numéro cinq, je répète… » Alvaro émit un petit grognement en soulevant sa valise ; être ainsi obligé de prendre l’avion à une heure pareille lui semblait impensable et lui paraissait du reste parfaitement incommodant.
Après avoir confié ses effets au bagagiste, il monta à grandes enjambées la passerelle, ravi d’échapper à la fraîcheur de la nuit. L’appareil, un bimoteur Beechcraft immatriculé aux Etats- Unis, offrait assez peu de confort, malgré le statut apparent de la plupart des passagers.
Un vieux juge, très fatigué, somnolait et faisait claquer de temps à autre en ronflant ses larges bajoues de bouledogue. A deux sièges de là, une femme corpulente et barbue dissimulait derrière un large éventail un regard précieux et méprisant qui aurait fait pâlir d’envie toutes les duègnes des grands d’Espagne.
Après qu’une brève annonce eut été cérémonieusement proclamée, le bimoteur entama le protocole de décollage et prit rapidement la voie des airs. Par le hublot, on put vite apercevoir les volcans et les falaises bordant la côte, puis les nuages.
En un rien de temps, on survolait la mer. Puis, le ciel se couvrit de longs nuages gris et une pluie lourde et graisseuse commença à s’abattre sur la carlingue de l’engin. De larges éclairs zébraient le ciel dangereusement obscurci par des cumulo-nimbus à l’enclume disproportionnée.
La voix du commandant de bord, un britannique moustachu et flegmatique, retentit à travers tout l’avion, déclarant à qui voulait l’entendre qu’aussi impressionnantes qu’elles fussent, ces perturbations ne présentaient aucun danger.
- Well, toutefois, ajouta – t-il, il va nous falloir descendre plus bas dans le ciel pour pouvoir continuer notre vol sans encombres. »
A peine cinq minutes de vol et déjà les problèmes commencent, grommela Alvaro en tracassant son bouc. C’est impensable, à ce rythme, jamais je ne serai à l’heure pour ce fichu rendez-vous d’affaire…
- J’ai bien peur que nous ne puissions rien faire, fit le capitaine. D’ailleurs… (il déglutit avec peine) cette mouette dans le moteur ne peut que causer notre perte…
L’hôtesse, horrifiée, sortit de la cabine et annonça sans grande conviction aux passagers médusés :
- Mesdames et messieurs, surtout restez calme. Nous avons quelques petits problèmes avec heu …des mouettes !
Fantastique, pensa Alvaro, ne mesurant pas toute la gravité de la situation, voilà maintenant que nous traversons un « banc de volatiles »… Mais hélas, contrairement aux doux mensonges de la steward qui expliquait maintenant dans son doux babil comment utiliser le gilet de sauvetage (« au cas où »), la situation était loin de s’améliorer. L’avion commença à chuter, perdant de l’altitude et faisant trébucher la jeune femme, qui céda finalement à la panique, de même que tous les passagers. Les moteurs vrombissaient et crachotaient.
L’appareil, parcouru de secousses, descendit encore davantage, tombant de plus en plus vite et si bas que les radars ne pouvaient plus le localiser.
Alors, retenant son souffle, Alvaro Silva saisit fermement les accoudoirs de son siège et, dans un geste futile, mit en place sur lui son gilet. Autour de lui, les autres gens perdaient leur contrôle et criaient de peur, mais lui remuait seulement les lèvres, les yeux clos, récitant une ancienne prière portugaise que sa grand-mère lui avait apprit en son temps. La vieille femme corpulente s’arrachait les cheveux en se lamentant à genoux, quant au juge, il était aussi impassible qu’Alvaro, à moins qu’il ne fût endormi encore ou mort dans son sommeil.
Bientôt on vit la mer de très près. Les vagues aux reflets verts se déchaînaient, roulant avec violence et bruit les unes sur les autres. Alvaro ouvrit les yeux, vit encore l’eau, un immense rocher qu’une déferlante avait caché jusqu’ici, puis des formes, ensuite des ombres. Et le monde se ferma sur cette vision, pour lui comme pour tous les autres.
Plus tard, lorsqu’on retrouva l’épave, on observa attentivement tous les détails qui pourraient aider à comprendre la raison de cette tragédie, la boîte noire ayant malencontreusement sombré. Tout ce que les enquêteurs surent pendant un bon moment était que ce vol, était le dernier pour le Beechcraft 327 reliant Funchal à Malaga. L’engin avait connu son dernier vol, un vol de sept minutes.
vendredi 26 septembre 2008
Le monde fascinant de l’écriture puérile
J'ai toujours aimé écrire. Un des plus vieux extraits que j'ai écrit date d'il y a .. pffff, bien des années, je dirais une dizaine d'années, est probablement la chose la plus improbable que mon imagination ait pu produire. C'est tellement déplorable que je ne vous en reproduirai pas d'extrait conséquent, mais sachez que ces tapuscrits faits sur le machine à écrire high-tech du grand-paternel avait pour thème les aventures d'un druide. Rien d'exceptionnel jusqu'ici, mais là où ça devient tordu, c'est que notre druide se retrouve en Amérique sans trop savoir comment et tombe nez à nez avec des amérindiens qui parlent québécois... Je rougis de honte aujourd'hui à vous révéler pareille horreur. Et le pire c'est que ça s'appelait "Deru Life, ou une vie de Druide".
Allez, je ne résiste pas à vous en fournir une tranche, avec les fautes d'orthographe et de contenu aussi d'ailleurs, inchangés, d'époque:
"Au beau milieu d'un cromlech a demi éffondré (sic), un feu est allumé, autour, des druides, immobiles, semblent attendre quelque chose. L'un d'eux se lève alors, se place devant le feu, et prend la parole dans la langue de l'Empire, le Latin [...]:
"Derus, si Mab-Morrigan nous a réuni (sic) aujourd'hui dans le temple d'Esus, c'est pour que nous puissions mettre en commun notre savoir [...]. Dans mes voyages j'ai rencontré un peuple étrange avec des plumes partout. Je marchais dans les marais quand un d'eux vint me dire: 'Hug! Toi point marcher dans les mouillures, c'est bin mauvais pour les jarrets, hostie d'chris de tabarnak!'
Epouvantable, n'est-ce pas?
Notez toutefois que même comparé à l'idée que des druides adorent Mab, parlent latin et se rendent en Amérique à pieds, qu'il y ait des marais sur des territoires aux mains d'Amérindiens quebécophones semble kafkaesque. Mais bon, je n'avais pas même onze ans... Heureusement, j'ai pris quelques bons centimètres, kilos et années depuis...
God save litterature
Le monde fascinant de Gwenhwyfar et Medraut
Voici un extrait de mon projet de réécriture du mythe arthurien. Les passages avec Guenièvre sont très amusants à écrire car le personnage est extrêmement paradoxal, entre fidélité et adultère, chasteté et luxure.
Ce passage prend place lorsqu'elle a fui temporairement son mari et Camaaloth quand ses expériences extraconjugales furent connues... Enjoy.
N.B. Je ne suis pas encore sûr, vais-je l'appeler Gwenhwyfar, à la galloise, ou Guenevara, à la romaine...
"Le sol de terre battue des rues étroites et depuis longtemps désertées de Londinium semblait s'humidifier sous la froide brume du matin gris. Dans un bâtiment solide mais discret demeurait une reine en exil ; Gwenhwyfar était assise dans sa vieille tourelle, silencieuse et horrifiée tant par le moindre bruit que par le silence. Le temps de Cameliard était loin à présent, le temps de Camaaloth aussi. Les fleurs, les ruisseaux qui passaient au milieu de la forteresse, de simples souvenirs. La reine soupira. Elle se retourna avec effroi quand la porte eut été enfoncée sous la force d'un coup de pied. Un homme tout en arme, ni trop fort ni trop maigre, passa le cadre de la porte. Retirant son casque rutilant, il déploya quelques boucles noires soignées et parfumées comme celles d'un de ces aristocrates romains aux moeurs légères. Ces gens tant aptes à au plaisirs de la chair qu'au maniement du poignard et du poison.
Gwenhwyfar se raidit dans ses robes de toile blanche et laissa échapper un cri étouffé :
- Medraut ! Que... Comment oses-tu venir me poursuivre ici ?! Comment es-tu rentré ?
L'homme retira les protections des jambes et des bras, puis s'approcha en affichant un sourire sinistre. Il tourna un instant la tête révélant derrière lui quelques gros bras qu'il congédia d'un regard.
Se faisant tout velours -un velours moisi-- il vint se poser près du flanc de la reine et lui susurra à l'oreille :
- Pourquoi vous obstiner à glisser d'entre mes doigts ? Maintenant, vous êtes, comme moi, une adversaire de votre époux...
La reine eut un frisson, son échine trembla, et elle se recula en frôlant le mur. Les yeux fermés, elle ne put que murmurer :
- Je... Vous n'avez pas le droit de faire une telle comparaison...
- Ici, madame, j'ai tout les droits sur toi...
Il posa la main sur son épaule. La serra. Il l'attrapa par le cou avec douceur mais fermeté, et les braies de Medraut glissèrent sur ses jambes..."

